Paris, la ville lumière telle que nous la vivons. Des rencontres, des événements, du quotidien...
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Interview de Pierre Kosciusko-Morizet président de l’ACSEL (association de l’économie numérique association pour le commerce et les services en ligne).
Cette association de l’économie numérique (représentant 180 acteurs) fait plusieurs propositions aux candidats français aux élections européennes. Rappelant tout d’abord que le budget de l’Union Européenne s’élève à 134 milliards d’euro, 30 % est consacré à la PAC (40 milliards) et 1 % seulement au numérique (1, 35, milliard). Ces acteurs économiques proposent donc la création d’une Politique Numérique Européenne (PNE), elle même coordonnée par un nouveau commisariat : le commissariat à l’économie numérique et un volet numérique au plan de relance européen. En 2007, leur précédente campagne en France avait porté ses fruits puisque Renaissance numérique et l’ACSEL avaient demandé la création d’un secrétariat d’Etat au numérique.
Au niveau européen, tout ou presque reste à faire, il serait nécessaire, par exemple de travailler sur la création d’emplois du futur, d’harmoniser le cadre juridique de la protection du consommateur numérique et enfin garantir la neutralité des réseaux. Actuellement de nombreuses entreprises numérique s’installent en Irlande, Suisse ou en Luxembourg, pour bénéficier de certains avantages, comme la TVA a taux bas, Pierre Kosciusko-Morizet dénonce ce dumping.
Cette série de propositions aurait pu porter une demande humaniste, demander une éducation et une formation au numérique dans les écoles européennes pour éviter que le fossé numérique ne s’acroisse, c’est du moins, la proposition que ferait Les Humains Associés.
Les candidats et les partis français vont-ils répondre à ces propositions? Est-ce que d’autres associations professionnelles d’autres pays européens ont aussi des demandes ?
Mercredi soir, une vingtaine de blogueurs-spécialistes du numérique étaient invités par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre. Les invités étaient distribués sur trois tables. NKM est venue, tour à tour, discuter avec chacune d’elle. Cette disposition a installé une ambiance conviviale, permettant de réellement échanger avec la ministre et les invités, sans formalisme. NKM renouvellera régulièrement ces rencontres dinatoires, ce qui est une bonne idée.
À la table de Tristan Nitot et Nicolas Vanbremeersch, ils ont longuement discuté de la Loi Hadopi, à la nôtre, de plusieurs sujets, comme les femmes dans la société, la vie privée et l’éthique. Vous l’aurez compris, nous avons apprécié l’approche de NKM aussi bien sur le fond que sur la forme, notamment sur l’aspect numérique et le développement durable. Nous attendons la suite…
Dans un bureau de la Présidence de la République, douze représentants de l’Internet citoyen, dont deux femmes (aussi de Girl Power 3.0), se retrouvent pour la première fois à l’Élysée. Le jeune homme chargé de nous accueillir, spécialiste de l’Internet du Château, n’a pas encore vingt-cinq ans. Depuis ce bureau, il fait un travail de veilleur. C’est l’avatar du Président sur le Web. Que l’Élysée se dote d’un tel analyste est logique dans une stratégie de communication digitale.
Dans la grande cour, cette cour que nous connaissons tous depuis pour l’avoir vue maintes fois dans les médias, nous sommes derrière les journalistes, un peu comme derrière le décor, légèrement en retrait. Les membres de notre petit groupe de « visiteurs » ne s’éloignent pas trop les uns des autres. On entend dans la rue les clameurs de la foule au passage de la voiture de Barack Obama, aussi bien des touristes américains que des curieux. La limousine noire le dépose face à Sarkozy qui l’attend sur le perron.
Par moments, on pourrait croire que c’est le Président des États-Unis en exercice qui est accueilli. Dès que les deux hommes entrent dans le Palais, les journalistes se ruent vers le lieu de la conférence, avec une précipitation un peu étonnante. Conduits par notre guide, nous nous faufilons dans le grand salon et le jardin d’hiver, dont le toit est une belle verrière lumineuse. Les blogueurs se font leur place dans ce paysage. Chaque fauteuil correspond à une place, qui représente un poids, un pouvoir, et respecte un protocole. Les journalistes présents totalisent une audience de centaines de millions de citoyens. Dans ce cadre, il y a des usages et codes précis. La moitié de l’assistance est composée de journalistes américains qui suivent le candidat démocrate dans sa tournée à l’étranger. Les journalistes ne peuvent poser que quelques questions : trois pour les Français, trois pour les Américains. Impossible aux blogueurs d’intervenir. Nous sommes ici des observateurs silencieux, comme l’immense majorité des personnes présentes. Nous attendons environ 1h30 dans le beau salon de ce palais aux lustres si grands qu’ils pourraient ressembler à ceux d’un salon viennois, entre deux valses.
Barack Obama arrive avec Nicolas Sarkozy. Le président est visiblement content de recevoir le médiatique candidat. Il est très souriant, plaisante plusieurs fois, est très démonstratif dans son soutien et semble avoir un grand plaisir à s’adresser aux médias américains. Obama est un peu fatigué. Il observe Sarkozy avec une attention accrue, il l’écoute et l’étudie comme un bon élève. Le sénateur semble venir prendre des leçons de notre président, qui est heureux de lui prodiguer ses conseils. Il s’étonne presque de constater que notre président adopte un ton si décontracté, si français pour le regard d’un américain. Obama est un jeune candidat, face à un ainé. Il n’a pas le loisir de plaisanter. Sarkozy lui est président, mais la route d’Obama est encore bien longue et extrêmement ardue, car la campagne Démocrates contre Républicains est tout juste lancée. Il est contenu, comme s’il devait gommer toute imperfection ou aspérité, tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de prononcer un avis, tout peser et soupeser.
Il se contient et se surcontrôle, ce qui provoque chez lui une forme de raidissement. Quand il sourit, d’une dentition ultrabrite, son visage s’éclaire, son corps se libère légèrement. Mais il n’a pas encore l’assurance. Il s’adresse principalement au peuple américain, qui n’est pas très féru, on le sait, de politique internationale. Il doit donc bien doser. Il n’est pas encore un professionnel de la politique de haut niveau, qui repère chaque angle, chaque photographe d’un rapide coup d’œil et se dote d’une posture dominante. Aujourd’hui, il n’était ni grand orateur, ni grand charmeur. Il était élégant et posé. Il n’enveloppait pas la salle pour la séduire ou la convaincre. La prestation n’avait donc ici rien de très convaincant.
La pression pesant sur lui est d’autant plus forte qu’elle est double. Certes, il y a deux éléments importants : les Américains et le monde veulent vite, très vite tourner la page Bush. Et bien sûr, Obama est métis, ce qui est un événement en soi. Mais à force d’en appeler un peu trop vite à des figures historiques telles que Martin Luther King ou John Kennedy, on pourrait oublier des évidences : la nécessaire densité, l’épaisseur de la personnalité. La candidature d’Obama est séduisante dans le principe, mais il faut creuser l’image, lui donner du poids et dépasser l’engouement des journalistes qui ont vécu l’époque de Bush comme celle des renoncements et d’une lourde et absurde guerre en Irak, qui les a conduits à altérer leur légendaire liberté. Oui, Barack Obama est un phénomène ; oui, c’est un moment de changement ; oui, on aimerait un président américain qui prenne à bras le corps le problème de la crise climatique et environnementale, par exemple. En a-t-il l’étoffe ou les démocrates devront-ils attendre encore quatre ans ? En cette époque de doutes, nous manquons d’espérance, de foi en l’avenir, d’idéaux. En Europe, nous projetons tout cela et plus encore sur Barack. Sera-t-il capable de porter tout cela jusqu’au bout ? Le phénomène Bayrou, en France, nous a appris que ce n’était pas si simple. Désolée de vous décevoir, mais malgré ma bonne volonté, l’obamania ne m’a pas encore frappée…
(Merci à la Présidence de nous avoir ouvert ses portes, ainsi qu’à Philippe Labro d’avoir échangé avec nous).
Le Porte-parole du gouvernement Luc Chatel a invité une cinquantaine de blogueurs pour une première rencontre, un peu courte ! Dès notre arrivée, dans un hôtel particulier rue Babylone, nous découvrons un écran présentant le site du Porte Parole et une immense table. Le ministre restera une trentaine de minutes, la moitié sera consacrée à présenter le nouveau site Web (en développement). La glace était à peine brisée que le ministre s’envole vers un important dîner. Il faut dire que (comme le souligne Luc Mandet citant Versac), Luc Chatel a une vie bien chargée. Il a pu néanmoins, nous consacrer une minute – j’ai dû raccourcir mes questions - pour un petit podcast.
Mais cette soirée organisée par Vincent Ducrey, a été aussi l’occasion de retrouver dans le jardin de l’Hôtel Cassini, un certain nombre de blogueurs bien sympathiques, de sensibilités différentes, naviguant dans les sphères politique et entrepreneuriale. Pour la première fois, des membres du Girl Power 3 et des blogueurs néthiques étaient parmi eux. Cette réunion était bien plus féminisée que les précédentes, ça évolue.
Ces attentions des politiques à notre égard indiquent que nous avons dépassé le stade du «gadget à la mode». Bien sûr c’est de la communication. Mais pas seulement. Les politiques veulent capter l’air du temps, trouver des relais, reprendre des idées et les blogueurs s’intègrent dans l’infosphère globale (si les blogueurs ne sont pas tout à fait influents, l’Internet l’est aujourd’hui définitivement). Même s’il va de soi que nous ne sommes pas représentatifs de tous les internautes.
Les politiques nous observent et cherchent, cherchent à comprendre notre rôle possible.
Celui de ces citoyens experts (ou blogueurs), ceux qui commentent vraiment, participent à une vague de changement dans le paysage médiatique en France et ailleurs. Luc Chatel n’a pas le temps de lire les blogs, alors il propose de réunir ceux qui veulent donner leur avis sur son site, tandis qu’Éric Besson avait longuement répondu lors du dîner aux remarques et critiques émises par ses invités. Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle avait proposé une discussion d’une heure avec une cinquantaine de blogueurs et environ quatre-vingts avatars sur Second Life (Ile Verte) et Jean-Louis Borloo, une rencontre en petit comité. Chaque ministre a donc une approche différente. Ces expériences sont-elles le signe de futures invitations par François Fillon ou Nicolas Sarkozy ?
On peut regretter que les autres grands partis et élus ne cherchent pas davantage le contact avec les blogueurs républicains. L’opposition n’est apparemment pas curieuse de nous rencontrer. Un autre petit regret, il nous manque des occasions, à quelques jours de la présidence française de l’Europe, de rencontrer des blogueurs européens aussi impliqués dans le débat citoyen.
P.-S. Vraiment, ce terme de blogueurs me semble de moins en moins approprié.