05
2009
Tech Brunch : Howard Dean à Paris
Howard Dean rencontrait aujourd’hui, la petite sphère de la netpolitique française lors d’un brunch organisé à Paris par La Netscouade et la Fondation Terra Nova. Voici une série de séquences diffusées en live via Qik avec la quasi-totalité des discussions. Les tweets postées pendant la rencontre notamment par AimeAile voir ici.
Certains s’en souviennent, Howard Dean avait été candidat au primaire démocrate pour l’élection présidentielle américaine de 2004. Il avait été lé premier candidat qui a su utiliser le Web et mobiliser via les blogs notamment, grâce par exemple au réseau activiste MoveOn, il a aussi expérimenté les retours de bâton avec le contre-buzz.
Puis, il a présidé le parti démocrate pendant quatre ans. Il a apporté ces expériences à l’équipe d’Obama. Dean a participé à l’élaboration de la netcampagne de Barack Obama qui s’est déployée, comme on le sait, à travers une présence multicanal (sites communautaires, réseaux sociaux, twitter, création de chaînes vidéos spécifiques sur YouTube par exemple).
A lire, un résumé de Benoît Raphaël (LePost.fr) : Le web selon Howard Dean= communautés et décentralisation
Voir aussi la question posée à Dean sur la gestion des données personnelles dans la dernière vidéo et la discussion dans les commentaires de ce billet sur l’éthique.
Album de Sacha voir ici.
Au tout début de cette vidéo, une question sur la gestion des données personnelles a été posée par MemoireVive.tv via Gilles Klein.




















le Dimanche 5 avril 2009 à 17:38
[...] Tech Brunch : Howard Dean à Pariswww.memoirevive.tv/blog/tech-brunch-howard-dean-a-paris/ par ender21 il y a quelques secondes [...]
le Dimanche 5 avril 2009 à 19:07
Je n’apprécie pas la méthode Howard Dean/Obama, qui consiste à ficher 220 millions de personnes avec quelque 600 informations par fiche, comme si de rien n’était… Qu’on se le dise : c’est la plus grande collecte d’informations individuelles jamais realisée. Quand on connaît Internet et la puissance des outils numériques en général, c’est très inquiétant !
Mais bon, il se pourrait que ne considérant pas le président Obama comme le nouveau Messie, je ne lui donne pas le bon D.ieu sans confession ;-D
le Dimanche 5 avril 2009 à 19:23
Howard Dean n’a ni plus ni moins fait que faire de la propagande en utilisant le Net et ses multicanaux. Y a t-il de quoi s’extasier ? Si Poutine le faisait nous serions sans doute beaucoup plus sceptiques !!! Cette utilisation du Net à mon sens est très inquiétante.
le Dimanche 5 avril 2009 à 19:27
…mais ce sont aussi les internautes eux-mêmes qui participent à la création de ces fiches personnelles en donnant beaucoup d’infos volontairement. Le problème c’est le croisement de fichiers pour constituer un superfichier. Ce qui est interdit en France (CNIL), fort heureusement !
le Dimanche 5 avril 2009 à 19:40
@anton + tatiana : Personnellement, je m’extasie pas du tout ! M’exprimant mal en anglais, je n’ai pas pu poser une question sur l’éthique et la gestion des données personnelles. Le journaliste Gilles Klein a eu la gentillesse de relayer une question de ma part, mais à mon sens, Howard Dean a répondu à côté (on peut le voir au tout début de la dernière vidéo de la série).
Benoît Thieulin qui a participé à la campagne nethique.info pendant la présidentielle, s’interroge lui aussi là-dessus, on peut le voir dans un videopodcast avec David Abiker / France Info.
Il est assez inquiétant qu’un parti au gouvernement puisse disposer d’autant d’infos (et à titre privé) sur les citoyens de son pays.
Je m’étonne comme vous, de l’absence de débat en ce sens, j’en parlais à des camarades blogueurs tout à l’heure. Une néthique paraît d’autant plus urgente, non ?
le Dimanche 5 avril 2009 à 20:28
Je suis d’accord avec toi Natacha, et avec Tatiana, les blogueurs ne se saisissent pas assez du sujet. Nous en avons discuté, quand les CGU ou l’interface de Facebook change un peu, une part non négligeable des inscrits à ce service s’insurge, monte des groupes de protestations et proteste, ce qui est déjà bien. Mais lorsqu’un gouvernement dispose et utilise les (meta) données de chacun, pour se faire élire, voire pour gouverner (se faire réelire donc), un tout petit nombre de personnes se questionne à propos de leur utilisation. En 20 ans, avec l’importance qu’a prit Internet dans l’arène politique, ça devrait être au coeur du débat public.
Je pense qu’il est difficile de trouver une réponse simple à ces questions tant, comme le rappelle Tatiana, ces données proviennent en partie des internautes eux-mêmes. Les politiques, en exercice ou pas, devraient se pencher sur le sujet en commençant par informer les citoyens (leurs électeurs) des données qu’ils utilisent, de leur méthodologie. Dans l’autre sens, rien ne se fera si les citoyens ne se questionnent pas sur l’utilisation faite de leurs données personnelles (et n’interpellent de facto les politiques). Que ces données proviennent d’Etats dans lesquels elles sont, ou ne sont pas, commercialisables.
ps: Merci MemoireVive.TV pour vos qik/lives et comptes rendus, les photos sont également superbes
le Dimanche 5 avril 2009 à 22:38
D’abord merci à Natacha et Sacha de nous avoir fait participer dans un direct multicanal à l’événement. Le mixt Live-vidéo, tchat et twilife par son côté multifacettes et points de vue est très intéressant. Je trouve que ça donne un relief à ce qui se passe, que la télé ou les journaux ne peuvent pas toujours donner.
Tatiana met l’accent sur un vrai gros problème qui me semble n’a pas été souvent soulevé dans les papiers consacrés à la campagne d’Obama, comme si le préjugé favorable dont il bénéficie le dédouanait de toute responsabilité démocratique. Dean botte d’ailleurs pas mal en touche en disant que «si les banques le font», «si les gens sont consentants»…, mais sans se poser la question de la formation citoyenne au digital et ses données. Est-ce que les gens qui les fournissent se rendent compte de ce qu’ils font ? J’en doute.
On a vu ce qui se passe quand l’économie n’est pas encadrée. Alors oui, la néthique est plus que jamais d’actualité à l’aube de la généralisation des objets intelligents traçables de partout…
le Lundi 6 avril 2009 à 20:55
Oui, d’accord avec ces commentaires. On a même l’impression que Dean et l’équipe Obama n’éprouvent pas la moindre gêne relative à cette situation. Si c’est “pour la bonne cause”, voilà qu’il est louable d’utiliser des méthodes qu’on condamnerait avec la plus grande fermeté et la plus grande emphase chez l’adversaire.
Mais l’enjeu est énorme, et il est urgent d’en faire prendre conscience aux internautes. Car les informations recueillies ne sont pas périssables, et le contrôle qu’il est possible d’exercer sur les individus quand on en sait autant sur eux peut être extrêmement fort, et d’autant plus pernicieux qu’il lui suffit d’être induit.
On commence par “puisque les gens le souhaitent” (surtout si on le leur fait souhaiter !), puis on glisse vers “puisque les gens sont consentants”, puis vers “puisque les autres le font”, et “puisque qu’il n’y pas d’opposition majeure”. Ensuite, on passera au fichage des citoyens du monde (”puisque les américains eux-mêmes s’y prêtent”, et “puisque ça simplifie tout”).
L’impérialisme virtuel coûte infiniment moins cher, mais peut finalement rapporter tout autant, voire davantage que l’impérialisme territorial. Sans les risques et les problèmes associés au maintien d’une domination physique réelle…
Il ne s’agit certes pas de jouer à se faire peur. Mais ce n’est pas tant l’absence de résistance que l’absence de conscience du problème qui est aujourd’hui inquiétante.
Informer sur les enjeux de l’éthique des réseaux et de l’identité numérique est capital (les Humains Associés s’y emploient d’ailleurs depuis longtemps). Si les citoyens ne se mobilisent pas ou n’adoptent pas eux-mêmes des comportements à la fois responsables et vigilants, il n’y aura plus qu’à espérer qu’un pouvoir éclairé se saisisse spontanément du problème, et parvienne à se faire entendre de l’ensemble des partenaires. Peu probable…
le Jeudi 9 avril 2009 à 11:55
Bonjour et merci, oui, de nous faire vivre “comme si on y était” de tels moments
Sur le fond je partage tout à fait les avis des commentaires ici et toutes les questions soulevées concernant les données personnelles, leur utilisation, etc. me semblent essentielles… et oui, je me demande bien aussi comment nous aurions accueilli de telles méthodes si ce n’avait pas été pour Obama …. aveuglement volontaire ? …. Et effectivement il me semble très important, et crucial, par rapport aux risques qui sont en jeu, que la Néthique soit mise au coeur de ces sujets, et aussi bien sûr que l’information circule pour qu’au moins chacun sache en quoi, à qui et dans quel but les infos personnelles qu’il donnera seront utilisées… Et merci justement de nous donner ici, à voir et à lire de si précieuses et importantes informations.
le Vendredi 10 avril 2009 à 23:28
Je dois vous avouer que j’ai transmis toutes mes coordonnées à l’équipe Obama car il y avait un effet “fan club” non négligeable. Je ne l’aurais jamais fait pour un autre. Je suis bien conscient du risque mais pour moi ça fait partie de l’engagement. En espérant que ce témoignage vous aidera à comprendre pourquoi nous sommes des victimes consentantes.
le Samedi 11 avril 2009 à 1:53
@Xavier: intéressant… Merci pour ce témoignage.
Pour ma part, je vois dans votre “je ne l’aurais jamais fait pour un autre” la source d’un danger en vérité immense. Car au fond, que savez-vous de Barack Obama ? Cette question n’est pas un jugement, bien sûr. Elle n’est pas personnelle et ne vise pas ce qui pourrait être après tout une appréciation erronée de votre part. J’entends cette question de manière plus générale : que savons-nous réellement des êtres à qui nous avons affaire ? Et quand bien même serions nous à même de les sonder ou d’en sonder les intentions à un moment donné, qui peut garantir l’avenir (sachant qu’une information donnée peut-être conservée indéfiniment) ?
Bien sûr, la confiance est une aptitude fondamentale et profondément humaine, y compris dans sa forme la plus radicale, où l’on fait confiance à l’autre sans arrière-pensée, en acceptant consciemment par avance que l’avenir puisse nous détromper, et en préférant la confiance finalement trahie à la méfiance préalable. C’est aussi, je pense, une composante importante de l’amour.
Mais dans un contexte politique, une telle marque de confiance pose tout de même question, et peut devenir véritablement dangereuse, car les exemples ne manquent pas dans l’histoire où des hommes charismatiques et même sincères, porteurs d’espoir et de renouveau, ont été élus démocratiquement ou choisis en toute confiance, avant de se révéler de terribles dictateurs, par exemple.
Je n’anticipe rien de tel en ce qui concerne Obama, mais pour en rester sur le plan de l’analyse de principe, force est de constater qu’avant d’être un homme digne de confiance ou non, “Obama” est avant tout une marque. Jamais un homme, considéré du point de vue de ses qualités humaines spécifiques, dont on peut partager certaines idées, dont on peut épouser ou non le projet général de société, à qui l’on peut ou non faire confiance, ne pourrait faire à ce point l’unanimité sur sa personne. Ce n’est pas le cas aux États-Unis, bien sûr, mais en France, les sondages ont indiqué qu’il aurait obtenu 92% des suffrages. Le résultat d’un vote véritable aurait sans doute été différent, bien sûr, mais il n’empêche, l’engagement massif et le plus souvent aveugle derrière cet homme est problématique et au moins partiellement suspect (je dis “aveugle” parce que rares sont ceux de ses supporteurs qui étaient capables d’expliciter véritablement son programme et sa vision du monde).
La question reste donc posée : sur quoi se fonde, et quelle est la valeur de cette confiance qui peut conduire des millions de personnes à livrer spontanément des informations détaillées dont il pourrait être fait un usage particulièrement dangereux, surtout dans un contexte politique, c’est-à-dire, qu’on le veuille ou non, un contexte de pouvoir, et a fortiori dans une période où des confrontations radicales à grande comme à petite échelle conduisent à un renforcement de la volonté de contrôle des individus (du côté des états comme de celui des citoyens) ?
En tout état de cause, il me semble très préoccupant qu’un homme ou un lobby particulier (même pas un état !) soit détenteur d’une telle somme d’informations personnelles et privées, et non moins préoccupant que la société demeure essentiellement passive face à cette réalité, qui ne peut que s’amplifier et se généraliser à l’avenir…
le Samedi 11 avril 2009 à 16:06
@Xavier:
Il me semble que vous confondez morale et politique. Obama n’est pas le messie. Donner toute sa confiance (morale) à un homme politique, c’est risquer tôt ou tard de voir son idéal sacrifié pour raison d’état. Le jour où une utilisation condamnable de ces données sera jugée utile et même indispensable par le pouvoir qui les détient, il n’aura pas la moindre hésitation.
PS: c’est un peu provocateur, mais, toutes proportions gardées, vous connaissez sans doute Machiavel (Le prince, chapitre 18) :
—
“Comment les princes doivent tenir leur parole.”
[...] Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient pas leur parole, pourquoi devriez-vous tenir la vôtre ?
[…] Au surplus, dans les actions des hommes […], ce que l’on considère, c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son Etat : s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde. Le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ?
De notre temps, nous avons vu un prince qui jamais ne prêcha que paix et bonne foi, mais qui s’il avait toujours respecté l’une et l’autre, n’aurait pas sans doute conservé ses Etats et sa réputation.
—
Obama n’est peut-être pas n’importe quel “prince”. Mais un prince est un prince, et il y a toujours un danger à l’ignorer. Non ?
PS: @Etienne : tout à fait d’accord avec vous !
le Lundi 7 juin 2010 à 0:12
[...] donc s’appliquer en France (fort heureusement). Ce qui est intéressant, c’est que tout comme Howard Dean (auquel nous avions posé la question il y a un an) Joe Rospars et Sam Graham-Felsen ne comprennent quand on les interroge sur l’éthique et les [...]
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