07
2008
Le blogging politique en mutation
Le blogging politique évolue, car les journalistes politiques eux-mêmes tiennent des blogs personnels ou événementiels. Qu’est-ce que le blogging leur a apporté ? Un changement de ton, la mise en avant des coulisses, une approche plus psychologique (des détails sur les personnages). Pendant les universités d’été du PS, plusieurs grands journaux (comme Le Figaro ou Le Monde) nous ont conté le feuilleton quotidien. Que le style journalistique se renouvelle est une bonne nouvelle, un sujet télé ne pourra jamais donner autant d’informations Le blog réaffirme ainsi l’importance de l’écrit sur l’image.
Il arrive que l’on interroge (encore et toujours !) les blogueurs leur indépendance lorsqu’ils sont accrédités et sur les tentatives d’instrumentalisation. Notamment lorsqu’il y a des invitations spéciales d’un parti politique ou un «syndicat» comme le MEDEF. Quand on sait que les blogueurs peuvent écrire absolument ce qu’ils veulent, exercer cette liberté devrait être un moyen d’éviter ces risques.
Ce questionnement sur l’instrumentalisation concerne aussi les médias qui, quant à eux, ont un réel pouvoir. Un dossier paru dans Télérama (la communication cadanassée de Barack Obama) raconte le quasi-désespoir des journalistes qui suivent la campagne d’Obama. Tout est contrôlé : les images, les propos des personnes interviewées qui répètent les mêmes discours, etc. Dans ces conditions, les journalistes ne peuvent pas pratiquer leur métier. L’un des risques est l’uniformisation de l’info, la répétition infinie. L’équipe de Barack Obama n’est pas la seule à vouloir tout contrôler, et le moindre faux pas, on le sait, peut compter énormément dans la campagne. Mais c’est parce que l’information professionnelle est trop uniforme et fabriquée que les internautes cherchent d’autres points de vue sur la toile. Les blogueurs sont des auteurs indépendants dans un espace, par ailleurs ultra-fermé et extrêmement codifié. À Denver, lors de la convention démocrate, il y avait 15 000 journalistes accrédités et 500 blogueurs, Google avait même développé un espace événementiel payant pour accueillir les blogueurs (Edit : voir billet chez Narvic et chronique radio de Pisani sur RFI).
Cette lutte de pouvoir entre les médiateurs, commentateurs et les dirigeants politiques s’inscrit dans une longue histoire, car leurs intérêts ne vont pas toujours dans le même sens. On peut voir ici, à ce sujet, les propos de Michel Rocard (avec Guillaume Durand), tenus lors d’une conférence à l’université d’été du MEDEF (via Amaury de Buchet).
La notoriété fait monter la pression et le blogueur politique doit, tout comme l’homme politique, être capable d’en supporter les désagréments. Ce qui est nouveau, c’est la rapidité avec laquelle la violence se déchaîne, une violence qui ne concernait auparavant que ceux qui avaient une notoriété importante. Jean-Michel Apathie a eu la tentation de Venise blogosphérique, mais il s’est retenu à temps. Tout cela fait réfléchir plus d’une personne sur les risques qu’il y a à tenir un blog sur des sujets politiques ou sensibles (depuis quelques jours, les commentaires sont fermés sur le blog «Secret Défense» accessible sur la plateforme de Libé, [edit] qui recevait jusqu’à 500 commentaires par jour). Le Web devient un média de masse, et à cette échelle, l’anonymat des commentaires pose problème. On se demande même, dans ces conditions qu’est-ce que les commentaires apportent ? Ce déversoir est un parfait contre-exemple de l’intelligence collective.
Cette frustration qui se déchaîne dans les commentaires est une conséquence de la domination télévisuelle et des médias de masses qui nous abreuvent d’informations depuis 50 ans, mais ne communiquent pas, ne dialoguent pas avec nous : ils nous disent ce qu’il faut écouter et décident pour nous ce qu’il est bon de savoir
Les médias se servent trop facilement du Net comme d’un moyen pour justifier le trash et la course à l’audience. L’affaire du faux SMS du Nouvel Observateur est le symptôme d’une schizophrénie. On préserve la marque (l’image du titre et du journal papier), mais on se permet des libertés sur le site Web du journal. Or la crédibilité d’un média ne peut plus être séparée de celle de son site, même si l’on peut voir le Web comme un espace pour la transgression ou comme une fenêtre de liberté pour l’information. Les journalistes et les auteurs indépendants peuvent donc se soutenir mutuellement pour défendre la liberté de l’information, le pluralisme et l’indépendance, à condition de défendre également, ensemble, la qualité et l’éthique. Les internautes peuvent aider les journalistes à se poser les bonnes questions.
Aujourd’hui, parce que le paysage médiatique change, des responsables de médias (comme Jean-Claude Dassier de TFI dans Le Point) et des politiques ont trouvé le bouc émissaire facile : les blogueurs, responsables de tous les maux ! Or, les blogs n’ont pas l’audience des médias de masse : ce sont ces derniers qui ont amplifié la diffusion de plusieurs rumeurs du net. Si aujourd’hui les blogueurs sont pointés du doigt, c’est une preuve du poids que prend l’Internet. Voila pourquoi, la volonté de le contrôler va croissant.
PS : Les blogueurs grecs sont plus mobilisés que nous les Français, ils étaient pour trois jours à Bruxelles pour aborder avec des commisaires européens les questions liées à la liberté d’expression, la protection de la vie privée et des usagers d’Internet (source AFP).
Légende photo extrait du documentaire “Les yeux dans l’écran / les blogs vidéos” réalisée par Guillaume Albert (Ciné Cinéma) : Sacha filmant avec son téléphone, un meeting pendant la campagne présidentielle de 2007.


















le Dimanche 7 septembre 2008 à 22:13
Je trouve ton analyse intéressante et pertinente, comme la plupart de tes billets et articles. Je pense que tu décris bien les enjeux politiques et sociétaux (” Cette lutte de pouvoir entre les médiateurs, commentateurs et les dirigeants politiques.”)
Nouveaux médias, nouveaux usages ? Je pense que nous ne sommes encore très loin de transformer le rapport entre le pouvoir et les citoyens : les uns voulant toujours contrôler les autres
Je constate que les extrémistes ont pris le Net en otage, en quelque sorte, car les modérés s’expriment peu. Je trouve que la violence est devenue banale sur le Net, et c’est un vrai problème. Mais cette violence n’a-t-elle pas commencé sur les blogs eux-mêmes ? Certains ont en même fait leur commerce pour augmenter leur audience (bidon).
Vive Mémoire Vive, Vive la Néthique, ne lâchez pas !
le Lundi 8 septembre 2008 à 17:41
Hello Natacha,
Sur l’anonymat je te suggère le prochain atelier de la FING avec l’AFCDP (asso des correspondants CNIL) le mardi 23 septembre 2008 intitulé « A quoi sert-il (vraiment) d’être anonyme ? ». Le nombre de places est limité : priorité est donnée aux adhérents et partenaires de la FING ainsi qu’aux adhérents de l’AFCDP.
Merci pour l’analyse que je partage en partie, n’étant pas “bloggueur politique”
le Lundi 8 septembre 2008 à 20:45
@ « A quoi sert-il (vraiment) d’être anonyme ?
Sur le net l’anonymat peut devenir totalement destructeur dans les cas où l’anonymat autorise l’irresponsabilité la plus totale.
Peut-on parler encore de liberté d’expression, alors même que l’on s’arroge un tel pouvoir sans avoir à subir la moindre conséquence de ses actes ?
le Lundi 8 septembre 2008 à 22:10
… j’ai l’impression de lire un article du Monde-diplomatique!…. c’est trés bien fait et c’est trés pro ‘ trés … serge HALIMI… est ce l’avenir des blogs?…. nooooooooon!….. faut pas creer une fracture…. un billet court et facile d’accés… ça c’est relaxant…..t trés bonne continuation.
le Mardi 9 septembre 2008 à 0:51
Merci pour cette jolie tribune…
Cependant, dans cette société du risque à la fois confuse et en même temps aplanie, le journaliste a toute une technique à inventer, notamment au niveau de la hiérarchisation de l’histoire qu’il raconte, du “timing” (vous l’évoquez fort justement avec l’affaire du sms et des différences web / papier).
Nous apprenons tous. La littératie doit sans doute s’ancrer plus fortement auprès des élites “traditionnels”. Mais au vu de la richesse des projets qu’on voit émerger en ligne, on ne peut qu’être rassurés.
Sur Obama encore : les journalistes sont pris dans un calibrage où leurs techniques anciennes sont mises à mal. Vous avez raison, les équipes du candidat démocrate ont compris que s’ils contrôlaient le bruit, ils contrôleraient partiellement le “buzz”. Néanmoins c’est un projet à courte vue : le dialogue est fait, comme vous le mentionnez encore une fois justement, d’échange. Et d’une création de valeur commune : pas seulement de la répétition d’infos. Au vu des différentes voix dissonantes, Obama lui même adapte sa stratégie de com’…
A bientôt !
le Mardi 9 septembre 2008 à 9:54
“On se demande même, dans ces conditions qu’est-ce que les commentaires apportent ? Ce déversoir est un parfait contre-exemple de l’intelligence collective”
> et voilà le mythe pointé du doigt : l’essentiel des commentaires n’apportent rien (au fond)
le Mardi 9 septembre 2008 à 14:03
La blogosphère présente l’avantage d’une appréciable liberté d’expression, certes avec les risques de dérives que cela comporte, en amont comme en aval, mais c’est un attrait que propose très peu la presse classique.
La possibilité pour le public de réagir instantanément sur les sujets traités (avec ou sans modération…) est un des aspects intéressants de l’info “partagée”, et c’est peut-être ce qui séduit les journalistes qui bloguent?
En tout cas, merci pour ce billet très pertinent”°=))
le Mardi 9 septembre 2008 à 16:21
[...] les médias en embuscade (se cachant souvent derrière une pseudo neutralité) et les blogs… Se demandent quel sera l’avenir (et quel est le sens, la finalité, le moteur ?) des blogs [...]
le Mercredi 10 septembre 2008 à 0:14
[...] via [...]
le Vendredi 12 septembre 2008 à 0:41
Salut Nat,
Je partage complètement ton avis.
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