Mercredi soir, une vingtaine de blogueurs-spécialistes du numérique étaient invités par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre. Les invités étaient distribués sur trois tables. NKM est venue, tour à tour, discuter avec chacune d’elle. Cette disposition a installé une ambiance conviviale, permettant de réellement échanger avec la ministre et les invités, sans formalisme. NKM renouvellera régulièrement ces rencontres dinatoires, ce qui est une bonne idée.
À la table de Tristan Nitot et Nicolas Vanbremeersch, ils ont longuement discuté de la Loi Hadopi, à la nôtre, de plusieurs sujets, comme les femmes dans la société, la vie privée et l’éthique. Vous l’aurez compris, nous avons apprécié l’approche de NKM aussi bien sur le fond que sur la forme, notamment sur l’aspect numérique et le développement durable. Nous attendons la suite…
Nathalie Kosciusko-Morizet vient de mettre à jour son secrétariat d’État à l’Econonomie numérique. Elle expliquait en effet dans Le Parisien, qu’en raison du firewall du service informatique de Matignon, son accès au web était limité, elle ne pouvait consulter les sites vidéo (YouTube, Dailymotion), ni accéder au Wi-Fi
Et on apprend sur son profil Facebook (voir ici), qu’elle dispose depuis hier matin d’une connexion ADSL, à l’Hôtel de Broglie. La communication de la ministre s’adapte aux nouveaux usages. Elle part pour un voyage d’études en Corée et au Japon du 17 au 22 février, et écrit dans une note : ” j’ai un projet stimulant à vous proposer, pour renouer le contact […] j’ai décidé de tenir un journal de bord sur mon facebook durant ces quelques jours”. Que racontera-t-elle ? Ses impressions et réflexions ? Elle va découvrir “toutes [les] dernières tendances sur le front des usages numériques en matière de domotique, de réalité augmentée, d’images 3D, de télévision mobile personnelle ou encore de robotique”. Elle ajoute, ce sera “une immersion sur le mode de l’anticipation que j’ai envie de vous faire partager”. Cette expérience de blogging via Facebook ne devrait techniquement pas être facile. On peut se demander par quel moyen elle accédera à son compte et sera en mesure de suivre les commentaires de ses friends lors de ses déplacements en Asie.
Le président des États-Unis a son super Blackberry, François Fillon utilise un iPhone… Que choisira Nathalie Kosciusko-Morizet pour consulter ses mails et communiquer avec ses friends ?
40 years evolution / 8.589.934.592 bytes vs. 8 bytes (Photo CC - teclasorg)
Quel avenir pour tous les contenus, les données, les traces numériques que nous produisons ? Utilisatrice depuis des années de plusieurs services pour stocker des documents, je me demande parfois si on réfléchit bien à tout cela. Souvent, on ouvre un compte dans un service et on l’adopte selon ses critères personnels, sans penser à la pérennité.
La conservation et la valeur.
Depuis quelques jours, un service de partage de signets, Ma.gnolia est quasi-mort. Cette disparition — survenue après que les serveurs principaux et leurs sauvegardes aient été crashés — a entré la perte d’un certain nombre de liens professionnels, personnels, associatifs dont je n’avais pas fait de sauvegarde, d’autant que la fonction “groupe” amplifie le partage. Je n’aimais pas vraiment Delicious dont l’interface et les fonctionnalités ont été gelées pendant quelques années. Ces liens collectés au fil de l’eau et tagués avaient une valeur pour moi et parfois aussi pour d’autres.
Je confie mes données personnelles comme vous à ces services gratuits qui sont utiles, voire indispensables. Le bureau de mon ordinateur se dématérialise, ce qui, avant était dedans, est stocké de plus en plus dehors !
Nous avons tous de vieux albums photo de famille bien rangés qui se transmettent de génération en génération. On le sait le papier se conserve bien et longtemps. Pour le numérique, les supports ne sont pas fiables, les logiciels changent. Qu’en est-il de mes photos chez Flickr, de mes signets, de mes commentaires de ma vie numérique et des CD, DVD, des disques durs ?
Le terme “cloud computing” a remplacé celui de Web 2, usé jusqu’à la corde. Les entreprises ont tout à gagner de prendre leur indépendance par rapport à certains coûts (DSI ou éditeurs de logiciels / Microsoft).
En tant qu’individu, j’avoue que je n’aime pas l’idée de confier tous mes mails à Facebook ou Gmail, surtout quand ces sociétés sont régies non par les lois européennes ou françaises, mais américaines. La panne récente chez Google montre à quel point tout ce système est vulnérable et il arrive aussi à Facebook d’avoir le hoquet. Sans Google, nous sommes perdus.
Quand tous ses services deviennent à ce point vitaux, on peut se demander s’il est judicieux de ne pas réfléchir plus profondément à sa propre “stratégie de gestion et de conservation de ses données personnelles” et son indépendance. Comment et où conserver les biens immatériels et préserver ainsi notre valeur ajoutée ?
Notes : En France, c’est le Centre de recherche sur la conservation des collections (CRCC, ex. CRCDG) qui est en charge de la recherche sur l’altération des supports numériques et analogiques. Il travaille notamment sur les moyens de conserver sur de longues durées la mémoire de l’humanité (tous supports, dont numériques, qui pour l’instant ne dépassent pas les 10 ans sans pertes). La BnF travaille d’ailleurs sur un projet d’enfouissement sur cent ans des musiques du 20e siècle (pour 2109), à l’instar de ce qui avait été fait à l’Opéra Garnier en 1907 (Cf. les voix ensevelies). Avec cette question cruciale à régler : quel support numérique pourra survivre un siècle…?