La foule est en transe, elle aime, elle adore Nicolas. Il tient son auditoire. Son jeu s’est nettement amélioré depuis Porte de Versailles (autour de 25 000 personnes et non 100 000), son discours est toujours le même et il manie avec habilité l’émotion des 17 000 personnes présentes, sa gestuelle appuie son discours, le show est réalisé avec un soin rare, il appuie sur son côté victime. Les tribunes des VIP ainsi que celles des élus et membres du gouvernement paraissent subjuguées par la prestation, toute l’énergie que Sarkozy envoie. La sueur qui coule à grosses gouttes de son visage rappelle Johnny Hallyday sur scène (présent dans la salle).
Il donne tout, il est le candidat du peuple et lui parle directement, il veut rassembler toutes les tendances, les centristes, les hésitants, les extrêmes. Ses références mélangent tout, un exemple quand il fait du pied à la gauche en dénonçant les parachutes dorés. Il en appelle à la moralité, à l’humanisme et se veut emphatique et sincère. La foule est chauffée à blanc d’un bout à l’autre du discours, plusieurs milliers de personnes dehors ne peuvent entrer, Bercy est archi plein.
Il fait une longue tirade contre “Mai 68″. Peut-être le plus fort est de parvenir à occulter totalement, que l’UMP est le parti au pouvoir et que Nicolas Sarkozy était superministre, il y a quelques semaines à peine. Dès lors, Nicolas Sarkozy ne promet pas que l’UMP conservera le pouvoir, il promet de le conquérir. Son pari personnel devient le pari de tous. Il n’y a plus de passé, on fixe seulement la date du 6 mai. La Marseillaise est chantée avec puissance, et l’on voit quelques poings levés, la fibre patriotique est forte. Je suis entourée de personnes qui sont hypnotisées par Sarkozy, c’est leur idole, parce que s’il gagne, sa victoire de ne sera pas la sienne, mais “la vôtre” dit-il.
([Edit] Question posée dans cette vidéo à François Bayrou par Mémoire Vive :
- Est-ce qu’Internet a contribué à ouvrir la liberté d’expression dans les médias aujourd’hui ?
- Sans aucun doute, sans aucun doute !
Aussi sur DailyMotion).
Nous voilà dans le même lieu, où trois jours avant, nous assistions à la conférence de presse de François Bayrou. Après une file d’attente un peu chaotique, nous entrons dans le salon où sont installés la petite scène et les sièges. La scène est juste une marche plus haut que le sol. Nous sommes installés avec Carlo Revelli au deuxième rang. On voit les deux intervenants et les journalistes du plateau, ainsi que les deux écrans sur lesquels figurent les chronomètres pour le temps de parole.
Il y a une atmosphère de liberté. Chacun s’assoit, les photographes et les caméras sont écartés. Ne restent que les journalistes de la presse écrite.Le plateau est professionnel, mais il n’est pas surfait. On a le sentiment que tout vient d’être un peu posé à l’instant, les tables de réception de l’hôtel font office de table pour chacun, la réalisation est simple. L’équipe technique est sereine. Les photographes se pressent pour prendre des images de l’estrade vide.
Ségolène Royal et François Bayrou arrivent calmement, immédiatement le ton est donné : la cordialité et le sourire. Ils ne sont pas d’accord sur tout, mais avec un esprit républicain nouveau, on peut se respecter, discuter sans se manger le nez, ni en jouant les gladiateurs.
Royal et Bayrou sont sereins. Royal donne clairement des signes d’ouverture. Bayrou est proche de Royal, il explique aussi sur quoi, ils ne sont pas d’accord. Mais à les entendre, ce n’est pas un problème. Ils paraissent détendus, assez confiants même en l’avenir.
La salle n’est composée que de journalistes qui rient à certains échanges. L’humour est nouveau, et apporte comme un petit vent de fraîcheur, de liberté (d’ailleurs à l’entrée, le contrôle n’était pas draconien). On s’affranchit un peu des règles traditionnelles, des codes de communication qui ont pu écraser cette longue campagne et la vie politique. Ce n’est pas un débat, c’est un dialogue. Ils ne jouent pas la même partition, mais ils jouent ensemble.
C’est un vent de modernité, et surtout un débat transparent. Après tout, cela nous intéresse de voir Royal et Bayrou discuter comme sans doute cela se déroule habituellement en coulisse, dans des salons privés et fermés à double tour. Ils partent du principe que l’on peut se faire son opinion par soi-même. Ce n’est donc pas tant ce qui est dit qui compte, mais ce que l’on voit, les regards, les gestes, les facteurs humains. Pourquoi donc ne fallait-il pas que ce débat puisse avoir lieu ?
Ségolène part dans de longues tirades, elle est clairement la candidate du second tour, et à ses côtés Bayrou écoute, on pourrait croire qu’ils forment un duo le temps de cette discussion.
Ce débat n’aurait sans doute pas eu lieu sans l’Internet, sans le projet de grand débat du Web réunissant les quatre principaux candidats, et proposé par un collectif associant médias classiques et blogueurs. Le Net donne une perspective globale et permet de comprendre la vision qu’a la presse étrangère sur nous. Pouvoir comparer leurs réflexions et leurs analyses, notamment sur la façon de pratiquer la démocratie, fait évoluer les mentalités. Il n’y plus de frontières. RMC par l’intermédiaire de Jeremy Briquet, était l’un des membres de ce collectif. Leur détermination est restée vaillante malgré l’échec de cette tentative, et lorsque Jack Lang s’est rendu vendredi matin à RMC invité par Jean-Jacques Bourdin, apprenant que Canal Plus jetait l’éponge, le groupe radio-télé a foncé.
Ce débat hors-norme, organisé en 24 h, diffusé sur une petite chaîne et sur le Net (une ambiance qui pourrait évoquer les “radios libres”ou un peu les podcasts amateurs), sort des sentiers battus et l’on se demande bien pourquoi, il serait aujourd’hui impossible d’organiser des débats s’ils intéressent les Français. On n’a pas besoin d’une superproduction, ni d’effets de “com” quand il y a du fond et du respect. On se demande d’ailleurs bien pourquoi, cela n’est pas ainsi depuis longtemps, plutôt que cette agressivité dans le débat politique qui ne paraît plus adapté à notre temps. On n’a pas besoin qu’on nous surjoue la pièce, que l’on accentue les émotions, comme autemps du cinéma muet. On peut comprendre, écouter, lire en tant que citoyens, on peut s’informer à de multiples sources.
Là ce ne sont pas des images et des discours, des partis qui s’affrontent : c’est une femme et un homme politique qui dialoguent. Ne pas faire débattre que ceux qui s’opposent frontalement, mais ceuxqui peuvent s’allier même ponctuellement, comme c’est le cas dans la réalité de la pratique politique, dans les parlements, loin des citoyens et des caméras. Bien sûr, l’enjeu de ce débat n’est pas aussi fort que le prochain. Le vrai débat officiel du Second Tour opposant Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sera bien différent à n’en pas douter, car ils sont rivaux, ils jouent la Présidence.
Le débat d’aujourd’hui a pu nous éclairer un peu plus, ouvrir une fenêtre, faire effectivement respirer la campagne. Ségolène sait entendre sansfaire la grimace quand on n’est pas d’accord avec elle. Bayrou sait mettre un peu à l’écart son côté prof, pour écouter l’autre. Les valeurs féminines semblent gagner du terrain : écoute, cordialité…la néthique ?
En France, peut-être assiste-t-on à une nouvelle façon de faire de la politique, plus moderne. Une question se pose : après cette expérience réussie sera-t-il encore possible de faire comme avant ?
PS : j’ai tourné plusieurs séquences des coulisses et dans la salle et pris quelques images rapidement avec Sacha (même pendant le débat), par exemple quand ils se serrent la main (photos ici et ici).
Le débat entre Ségolène Royal (PS) et François Bayrou (UDF) aura lieu demain (28 avril 2007) de 11h à 12h30. Il sera présenté par Olivier Mazerolle, Ruth Elkrief de BFMTV, Jean-Jacques Bourdin de RMC et Dominique de Montvallon du Parisien. Ce programme spécial sera diffusé sur BFMTV et repris sur Mémoire Vive en direct demain matin. Les internautes pourront par la suite retrouver le débat podcasté sur DailyMotion.
Néthique, technologies et citoyenneté sont parmis les thèmes que nous allons aborder avec Tristan MF lors de la conférence qui aura lieu sur l’Ile Verte des Humains Associés dans Second Life, diffusée en vidéo et en audio en temps réel.
Jeudi 26 avril à 21 H sur l’Ile Verte - Tristan Mendès France (secrétaire général de l’Institut Pierre Mendès France)
Les détails sont ici.
MAJ - 20 h 30 : Les adresses pour suivre la conférence sur le Web.
Extrait de la conférence de presse tenue par François Bayrou aujourd’hui à Paris. Il évoque aussi l’action de Bronislaw Geremek en Pologne contre la loi de “lustration”.